Numérique en santé : la formation continue se déploie en ordre dispersé

Numérique en santé : la formation continue se déploie en ordre dispersé

Télémédecine, télésoin et téléexpertise, cybersécurité, suivi des patients à distance, protection des données… le numérique concerne désormais une grande partie de l’activité des infirmiers. Il constitue un vaste chantier, inégalement entamé, pour la formation continue. En revanche, le numérique en santé entrera par la grande porte dans les IFSI à la rentrée 2024.

Ecole de santé numérique de Montpellier
L’Université de Montpellier à ouvert en 2024, une école de santé numérique hors les murs. Elle veut pouvoir former en cinq ans, 20 000 étudiants et professionnels de la santé ou du médico-social, aux différents métiers de la santé numérique.

Toutes les compétences du métier d’infirmière peuvent et doivent se conjuguer avec le numérique », estime Lisette Cazellet, responsable formation de l’association FormaticSanté. Mais il ne suffit pas de savoir se servir d’un smartphone ou d’être « digital native » pour être à la page avec la santé numérique. Recueillir les données d’un patient, communiquer avec lui et avec d’autres professionnels de santé, l’accompagner en téléconsultation ou réaliser un télésoin ne s’improvisent pas.

Numérique en santé : catalogues peu fournis

En matière de formation continue des soignants, la feuille de route « Numérique en santé 2023-2027 : mettre le numérique au service de la santé » est peu ambitieuse. Elle préconise que tous les opérateurs de compétences (Opco) et organismes de formation intègrent une formation au numérique en santé dans leur catalogue d’ici 2027 et forment « au moins 10 % des professionnels en activité ». De fait, aujourd’hui, les catalogues des organismes de formation non spécialisés sont encore peu fournis sur le sujet. Tout au plus peut-on trouver, dans le cadre du DPC, quelques sessions sur les bonnes pratiques en téléconsultation et en télésoin, la cybersécurité et les données de santé, le numérique en santé voire « l’infirmier augmenté ». « Ce n’est pas encore un sujet prioritaire, confirme Lisette Cazellet. La demande des établissements n’est pas massive. » Un autre frein au développement de formations sur les sujets numériques réside dans le coût de leur conception, ajoute-t-elle. Tous ne disposent pas de formateurs (et pour cause, il faut d’abord en former) et l’ingénierie de formation, généralement en e-learning, est coûteuse à mener. Sans aide particulière de l’État, il faudra sûrement attendre un peu avant que l’offre s’enrichisse.

Actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article a été publié dans le n°51 d’ActuSoins magazine (janvier 2024).

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D’autres possibilités de formation existent. Certaines sont très faciles d’accès. L’Agence nationale du numérique en santé (ANS) déploie une plateforme de formations en ligne et de webinaires représentant quelque 80 heures de cours, histoire de « devenir incollable sur la e-santé ». Les séquences proposées abordent la sécurisation de l’identité des patients et des professionnels, l’utilisation de MonEspaceSanté, la messagerie sécurisée dans la relation ville-hôpital, la « cybersanté », les identifiants et mots de passe, etc. Certains modules s’adaptent même au mode d’exercice.

Numérique en santé : Plateformes

Les groupements régionaux d’appui au développement de la e-santé (GRADeS) proposent également des moyens de se former, notamment à leurs outils « maison ». Celui de Nouvelle-Aquitaine, par exemple, a mis sur pied une plateforme de formation E-learning en action (Elea) qui propose 37 modules de trois à quinze minutes et des webinaires sur le numérique en santé, les outils, le contexte, les enjeux, la réglementation, etc. Le GIP qui gère le dispositif national d’évaluation en ligne des compétences numériques, Pix, a également conçu une plateforme spécialement dédiée aux professionnels de santé. Elle propose des « parcours de test ludiques et apprenants » via des mises en situation réelles et des contenus formatifs sur les données de santé, la cybersécurité appliquée à la santé, la communication, les outils numériques et la télésanté. Un programme alléchant mais réservé à certains établissements avant son déploiement généralisé. En présentiel, les URPS organisent désormais pour les libéraux des journées régionales sur le numérique en santé.

Une base de connaissance

Les professionnels de santé comme les infirmiers peuvent se constituer sur ces plateformes une base de connaissance pour développer leurs usages et apprendre à se servir de certains outils. Selon Lisette Cazellet, « le point faible de certaines formations c’est qu’elles ne suffisent pas toujours à faire percevoir les enjeux globaux de la santé numérique, sur le plan éthique ou juridique, par exemple, ou sur les questions d’inclusion numérique. Aujourd’hui, il y a 13 à 30 % de personnes éloignées du numérique susceptibles d’avoir besoin d’un accompagnement pour accéder à des applications de santé », qu’il s’agisse de MonEspace- Santé, ou d’outils de suivi de pathologies chroniques. Dans certaines situations, ce sera l’infirmier qui mènera des missions de médiation.

Pour aller plus loin, plusieurs universités ont mis sur pied des diplômes universitaires accessibles aux infirmiers. C’est le cas par exemple à Paris, avec le DU « E-santé et transformation digitale » de Sorbonne Université ou le DU « Enseignement pratique pluridisciplinaire de la santé connectée » de l’université Paris Cité. Le diplôme inter-universitaire de télémédecine des universités de Bordeaux, Montpellier, Lille, Besançon, Caen et Nantes, pionnier du genre puisqu’il a été créé en 2016, va évoluer, souligne Maurice Hayot, directeur de l’École de santé numérique de l’université de Montpellier. En plus d’un socle commun, il devrait s’assortir de modules dédiés à des pratiques professionnelles spécifiques, notamment aux infirmiers, avec par exemple le télésoin, l’accompagnement des téléconsultations ou l’organisation du soin s’appuyant sur le numérique. Un aspect qui devrait, selon le directeur, répondre aux besoins des infirmiers qui coordonnent des activités de soins ou gèrent des projets numériques dans des CPTS par exemple.

Du côté de Limoges, l’université prépare un DU sur le bon usage et les bonnes pratiques en santé numérique. Elle participe aussi à la mise en place d’une plateforme d’apprentissage au numérique en santé, éligible au DPC (et donc à la certification), explique Laurent Fourcade, responsable du campus en santé numérique Cinerg’esanté. Ce campus met également en place, avec l’ANFH, des formations flash « adaptées aux soignants » sur des thématiques ciblées (initiation à l’intelligence artificielle, éviter une attaque cyber, se connecter et se déconnecter de manière sécurisée…) qui se dérouleront en présentiel dans les services du GHT local. « Nous voulons faire de la pédagogie de précision », souligne Laurent Fourcade. Pour les infirmiers qui veulent se spécialiser, certaines universités proposent aussi des masters en sciences et numérique pour la santé.

Acculturation générale

Comme plusieurs universités, celle de Montpellier fait partie d’un consortium lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) « Compétences et métiers d’avenir », lancé fin 2021 pour accélérer la formation des étudiants en santé notamment. Le plus gros chantier en la matière consiste à intégrer 28 heures sur ce sujet dans la formation initiale des professionnels de santé, notamment en Ifsi, à partir de la rentrée 2024, comme prévu dans un arrêté de novembre 2022. « La première étape que nous menons actuellement consiste à ouvrir un diplôme d’établissement – un DU – de formateurs en santé numérique », explique Maurice Hayot. Dans le même temps, le consortium travaille à la préparation des futurs modules de numérique en santé avec 20 structures de formation dont 13 Ifsi. Le même dispositif est mis en place par d’autres lauréats de l’AMI. Selon Lisette Cazellet, une partie des modules créés pour la formation initiale pourront être réutilisés dans le cadre de la formation continue, d’une manière ou d’une autre. Selon elle, l’enjeu de formation concerne par ailleurs, également, les IPA et les cadres de santé, car « ce sont eux qui peuvent jouer le rôle d’interface avec l’équipe médicale et peuvent être des acteurs clés dans le déploiement de projets numériques ». Pour Arnaud Barras, vice-président du comité d’entente des formations infirmières et cadres (Cefiec), « c’est tout un domaine auquel il faut acculturer les soignants ». Cette acculturation prendra du temps mais, enfin, elle est en marche.

Géraldine Langlois

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